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Grégory Dabriou Ostéopathe D.O.
07 61 43 94 24

Mont Ventoux : les douleurs qui gâchent l'ascension

Sport · 14 min de lecture · Mis à jour le 24 septembre 2026

Vous y pensez depuis des mois. Le gîte est réservé, la météo surveillée, les rapports calculés. Et il y a cette petite inquiétude que vous ne formulez pas trop fort : est-ce que mon genou va tenir ? Est-ce que je pourrai remonter sur le vélo le lendemain ? Je suis installé au pied de cette montagne, et je vois passer ceux à qui ça n'est pas arrivé, et ceux à qui c'est arrivé.

Un cycliste se tient le genou après une sortie, au cabinet d'ostéopathie de Vaison-la-Romaine
La réponse courte

Les douleurs du Ventoux ne viennent presque jamais de la montagne : elles viennent de trois choses. Une position qui passait très bien sur le plat et qui ne passe plus après une heure trente de pente. Un braquet trop gros, que les genoux finissent par payer. Et une descente de vingt minutes, crispé dans le froid, dont on ne se méfie jamais assez. Se préparer, c'est surtout régler ces trois-là avant de partir.

Ce que vous vivez, ou ce que vous redoutez

  • Vous avez regardé le profil cent fois. Vous savez qu'après le virage de Saint-Estève, ça ne redescend plus.
  • Vous vous demandez si votre genou va tenir. Il vous a déjà rappelé à l'ordre cet été, sur une sortie longue.
  • Vous avez peut-être déjà connu ça : la nuque qui brûle au bout d'une heure, et l'impossibilité de garder la tête relevée pour regarder la route.
  • Les mains qui s'endorment. Vous changez d'appui toutes les deux minutes, et l'engourdissement revient.
  • Le bas du dos qui se verrouille quelque part vers le Chalet Reynard, et chaque relance qui devient un calcul.
  • La descente, que vous redoutez peut-être plus que la montée : vingt minutes crispé sur les freins, dans un froid que personne ne vous avait annoncé.
  • Le sentiment idiot d'être le seul à souffrir, pendant que d'autres vous doublent en discutant.
  • Et le lendemain, la vraie question : est-ce que je remonte sur le vélo, ou est-ce que j'annule la deuxième journée ?

Rien de tout ça n'est une fatalité, et rien de tout ça ne veut dire que vous n'êtes « pas fait pour ça ». Ce sont des problèmes mécaniques, avec des causes identifiables — et la plupart se règlent avant même de poser une roue sur la pente.

Les trois routes ne font pas mal au même endroit

On parle du Ventoux comme d'une seule montagne. Pour un corps, ce sont trois épreuves différentes.

Par Bédoin — la plus dure, celle des genoux

21,5 km, environ 1 600 m de dénivelé. Après le virage de Saint-Estève, neuf kilomètres de forêt autour de 9 %, sans répit, sans virage pour souffler, sans vue pour se distraire. On reste assis, sur le même braquet, pendant une heure. C'est l'ascension qui use les genoux et le bas du dos.

Par Malaucène — l'irrégulière, celle de la nuque

21 km, environ 1 570 m. Mais le profil est en dents de scie : des passages à 12 %, un secteur entre le 10e et le 14e kilomètre autour de 10 %, entrecoupés de portions plus roulantes. On alterne sans arrêt assis et danseuse — et ce sont les cervicales et les lombaires qui encaissent ces changements de position.

Par Sault — la plus douce, et la plus traître

25,7 km mais seulement 1 150 m, à 4,5 % de moyenne. La plus longue, la plus roulante… jusqu'au Chalet Reynard, à 1 429 m. Là, on rejoint la route de Bédoin, et les six derniers kilomètres sont exactement les mêmes. Sauf qu'ils arrivent sur des jambes qui ont déjà vingt kilomètres dans les cuisses. C'est l'ascension qui trompe : on arrive frais au chalet, on finit à l'économie.

Et les trois se terminent au même endroit : 1 912 m, les derniers kilomètres à découvert, dans un vent qui a donné son nom à la montagne.

Le genou, et pourquoi il fait mal ici plus qu'ailleurs

C'est la douleur numéro un du Ventoux, et elle a une explication très simple.

Sur le plat, vous tournez les jambes à 85 ou 90 tours par minute. Dans la forêt de Bédoin, beaucoup tombent à 50 ou 60 avec un 34×28. La cadence s'effondre, et chaque coup de pédale devient une poussée. Votre genou ne fait plus un geste fluide répété : il encaisse une charge, des milliers de fois d'affilée, pendant une heure.

Deux douleurs différentes, deux causes différentes :

  • Devant, autour de la rotule. La plus fréquente en montagne. Elle va avec un braquet trop gros, une cadence trop basse, parfois une selle trop basse ou trop avancée.
  • Sur le côté extérieur, comme une lame qui frotte à chaque tour. On parle de syndrome de l'essuie-glace. Elle va plutôt avec une selle trop haute, un réglage de cales inadapté, ou une différence de longueur entre les deux jambes que le corps compense en tordant légèrement le bassin.

Ce qui aide, et ce n'est pas une question de force : un braquet plus souple. Un 34×30 ou un 34×32 n'est pas un aveu de faiblesse. C'est ce qui vous permettra d'arriver en haut, et surtout de remonter sur le vélo le lendemain. Les professionnels eux-mêmes montent le Ventoux avec des développements qu'ils n'auraient jamais osé il y a quinze ans.

La nuque et le dos : une heure et demie sans bouger

Le problème n'est pas votre position. Le problème, c'est sa durée.

Il n'existe pas de mauvaise position sur un vélo — il existe des positions gardées trop longtemps. Sur une sortie normale, vous changez d'appui en permanence sans y penser : relances, virages, descentes, faux plats. Dans une ascension continue, tout ça disparaît. Pendant une heure trente, votre bassin ne bouge plus, votre buste garde le même angle, et votre tête doit rester relevée pour voir la route.

Cette position de la tête est celle qui coûte le plus cher. Les muscles à l'arrière du cou travaillent en continu, sans jamais relâcher, pour maintenir votre regard à l'horizontale. C'est exactement le mécanisme d'un torticolis : une contraction qui ne s'arrête plus.

Ce qui aide :

  • Se lever vingt secondes toutes les cinq à dix minutes, même quand vous ne gagnez rien en vitesse. Ce n'est pas du temps perdu, c'est ce qui vous permet de tenir le dernier tiers.
  • Rouler les épaules, une à la fois, en montant. Trois rotations suffisent à relancer la circulation.
  • Laisser tomber la tête quelques secondes quand la route est dégagée et droite devant vous. Le relâchement, même bref, casse le cycle de contraction.
  • Varier les mains sur le cintre, y compris quand la position actuelle ne fait pas encore mal.

Les mains qui s'endorment

Celle-là surprend toujours, parce qu'on ne s'attend pas à ce que les mains soient un sujet dans une montée.

Le poids du buste appuie sur le cintre. Sur la durée, cet appui comprime un nerf qui passe dans le poignet, du côté de l'auriculaire. Résultat : des fourmillements, une sensation de main endormie, parfois une perte de force pour serrer. C'est si fréquent chez les cyclistes que le phénomène porte leur nom.

Ça n'est pas grave, et ça disparaît généralement en quelques heures. Mais si l'engourdissement persiste plusieurs jours après la sortie, n'attendez pas : parlez-en à votre médecin.

Ce qui aide : changer d'appui régulièrement, desserrer les mains dès que la route le permet, plier légèrement les coudes au lieu de rouler bras tendus — un bras tendu transmet tout à la main — et des gants avec un vrai rembourrage, pas seulement décoratif.

La descente, celle dont personne ne parle

Vous avez mis une heure trente à monter. Vous allez mettre vingt minutes à descendre. Et c'est souvent là que le corps casse.

Trois choses se cumulent :

  • Le froid. Au sommet, il peut faire dix à quinze degrés de moins qu'au départ, avec un vent qui dépasse régulièrement les 50 km/h. Vous arrivez trempé de sueur. Le corps se met à frissonner, et les muscles se contractent pour produire de la chaleur.
  • La crispation. Vingt minutes les mains serrées sur les freins, les épaules remontées, la mâchoire fermée. Tout ce que vous n'aviez pas contracté en montant, vous le contractez en descendant.
  • La vigilance. Gravillons, virages, autres cyclistes qui montent : le cou reste en tension permanente.

Ce qui aide, et ce n'est pas négociable : un coupe-vent dans la poche arrière. Arrêtez-vous deux minutes au sommet ou au Chalet Reynard pour l'enfiler, même si vous avez chaud à ce moment-là. Deux minutes qui vous épargneront trois jours de nuque bloquée.

Et pendant la descente : coudes souples, épaules relâchées volontairement toutes les deux ou trois minutes, et des doigts qu'on desserre dès que la route est droite.

La semaine d'avant, la veille, le jour même

  1. La semaine d'avant

    Aucune nouveauté. Ni selle neuve, ni cales changées, ni chaussures jamais portées, ni réglage modifié la veille parce qu'un article disait que c'était mieux. Le Ventoux n'est pas le jour des essais : un millimètre de différence sur une sortie d'une heure devient une douleur sur mille six cents mètres de dénivelé.

  2. La veille

    Une sortie courte et facile vaut mieux qu'un repos complet : elle entretient la circulation sans coûter d'énergie. Préparez le vélo et les poches la veille, pas le matin — les oublis se font toujours dans la précipitation, et le coupe-vent est le premier à sauter.

  3. Le jour même

    Partez tôt, surtout en été : la chaleur dans la forêt de Bédoin est un facteur de blessure à part entière. Buvez avant d'avoir soif, mangez avant d'avoir faim. Et acceptez de démarrer plus doucement que prévu sur les cinq premiers kilomètres : c'est ce que font ceux qui arrivent en haut sans douleur.

Les phrases qui font peur, et ce qu'elles valent vraiment

« Si tu as mal au genou, c'est que tu n'es pas assez costaud. »

Presque jamais. Une douleur de genou à vélo est un problème mécanique dans l'immense majorité des cas : braquet, réglage, cadence, appuis. Des cyclistes très entraînés en souffrent, et des débutants bien réglés n'en souffrent pas. Ce n'est pas une question de courage.

« Il faut souffrir pour passer. »

Il faut distinguer deux choses. La brûlure dans les cuisses, le souffle court, les jambes qui hurlent : c'est l'effort, et oui, il y en aura. Une douleur pointue, localisée, dans une articulation, qui augmente à chaque coup de pédale : ce n'est pas de l'effort, c'est un signal. Les deux n'ont rien à voir, et les confondre est ce qui transforme une sortie en trois semaines d'arrêt.

« Une bonne étude posturale et c'est réglé à vie. »

Une étude posturale est très utile, et je le dis alors que ce n'est pas mon métier. Mais elle règle le vélo à un instant donné. Votre corps, lui, change : une hanche plus raide, une vieille entorse de cheville, une prise de poids, une année moins active. Le réglage parfait d'il y a trois ans peut être celui qui vous fait mal aujourd'hui.

« À mon âge, il faut lever le pied. »

Non. Ce qu'il faut, c'est adapter — les braquets, le rythme, la récupération entre les sorties. Je vois monter le Ventoux des gens de soixante-dix ans en bien meilleur état que certains quadragénaires. L'âge change la façon de s'y prendre, il ne ferme pas la route.

Ce que je peux faire pour vous

Commençons par ce que je ne fais pas : je ne règle pas votre vélo. Je ne suis ni préparateur physique ni spécialiste du positionnement. Pour ça, allez voir quelqu'un dont c'est le métier.

Ce sur quoi je travaille, c'est votre corps — et les deux se répondent en permanence.

Avant l'ascension, je regarde ce qui va poser problème sur une heure trente de pente : la mobilité de vos hanches, la souplesse de votre bassin, la façon dont votre dos se plie, l'état de vos chevilles. Une hanche qui manque de rotation d'un côté, et c'est le genou opposé qui compense. Sur une sortie d'une heure, ça ne se voit pas. Sur le Ventoux, ça se paie.

Après, c'est un autre travail : rendre du mouvement à ce qui s'est verrouillé, le haut du dos, les cervicales, les lombaires. Pas pour le confort — pour que la sortie suivante ne reparte pas sur un corps encore contracté.

Et pendant votre séjour, si ça coince. Vous êtes venu de loin, vous avez deux ou trois jours, et le dos a lâché dès le premier soir. C'est exactement la situation pour laquelle je garde des créneaux : je vous reçois sous 24 heures. Le cabinet du Crestet est à vingt minutes de Malaucène, celui de Vaison-la-Romaine à vingt-cinq minutes de Bédoin.

Je ne vous promets pas de transformer votre ascension. Je vous promets de regarder sérieusement ce qui coince, de vous le dire clairement, et de vous remettre en mouvement.

Remonter sur le vélo le lendemain, ou pas ?

C'est la question du deuxième matin, et elle se tranche assez simplement.

Vous pouvez y aller, doucement
  • Une courbature diffuse, dans tout le muscle, qui s'atténue après dix minutes de pédalage souple.
  • Une raideur générale au réveil, qui s'efface en bougeant.
  • Une fatigue franche, mais sans point douloureux précis.
Vous restez au repos
  • Une douleur pointue et localisée dans une articulation — genou, cheville, hanche.
  • Une douleur qui augmente pendant l'échauffement au lieu de diminuer.
  • Une zone gonflée, chaude, ou qui limite franchement le mouvement.
  • Un engourdissement de la main ou du pied qui n'est pas parti depuis la veille.

Dans le doute, la règle la plus utile : une douleur qui diminue pendant les dix premières minutes d'effort vous laisse continuer prudemment. Une douleur qui augmente vous dit d'arrêter. Et une journée sautée vaut toujours mieux qu'une saison abîmée.

Quand consulter un médecin

Appelez le 15 immédiatement, pendant ou après l'effort, en cas de douleur ou d'oppression dans la poitrine, de douleur qui irradie vers la mâchoire ou le bras gauche, d'essoufflement anormal, de malaise ou de troubles de la vision. Ces signes n'ont rien à voir avec une douleur d'entraînement, et ils n'attendent pas.

Méfiez-vous de la chaleur. Maux de tête, nausées, peau sèche, confusion, arrêt de la transpiration : ce sont des signes de coup de chaleur. Mettez-vous à l'ombre, buvez, et faites-vous aider. Dans la forêt de Bédoin l'été, ce n'est pas une hypothèse théorique.

Consultez votre médecin si une douleur articulaire persiste plus de trois ou quatre jours, si un engourdissement de la main ou du pied ne disparaît pas, ou après toute chute avec choc à la tête — même sans perte de connaissance.

Questions fréquentes

Quel braquet pour monter le Mont Ventoux ?

Plus souple que ce que vous pensez. L'objectif est de garder une cadence confortable dans les neuf kilomètres à 9 % de la forêt de Bédoin, pas de prouver quelque chose. Un 34×30 ou un 34×32 permet à la plupart des cyclistes de rester au-dessus de 65 tours par minute, ce qui protège les genoux. Descendre sous 55 tours pendant une heure est le meilleur moyen de déclencher une douleur de rotule.

J'ai mal au genou en pleine ascension, je continue ou j'arrête ?

Écoutez la nature de la douleur. Une brûlure musculaire dans la cuisse : c'est l'effort, vous pouvez continuer. Une douleur pointue dans le genou qui augmente à chaque coup de pédale : mettez le plus petit braquet, levez la cadence, et si ça ne cède pas en quelques minutes, arrêtez-vous. Le Ventoux sera encore là l'an prochain. Votre genou, lui, peut vous coûter trois semaines.

Ostéopathe avant ou après l'ascension ?

Les deux ont un intérêt, mais pas le même. Avant, on cherche ce qui va poser problème sur une heure trente de pente — une hanche raide, un bassin qui tourne, une cheville limitée — et on a le temps d'y travailler. Prévoyez une à deux semaines avant, pas la veille. Après, on rend du mouvement à ce qui s'est verrouillé. Et pendant votre séjour, si quelque chose coince, je garde de la place sous 24 heures.

Combien de temps pour récupérer après le Ventoux ?

Pour un cycliste régulier, comptez deux à trois jours avant de retrouver des sensations normales, avec une sortie souple dès le lendemain si aucune douleur articulaire n'est présente. Si c'était votre première grosse ascension, accordez-vous plutôt trois à cinq jours. La fatigue nerveuse compte autant que la fatigue musculaire.

Peut-on enchaîner les trois ascensions dans la même semaine ?

Oui, beaucoup le font. Mais espacez-les d'au moins une journée, et commencez par Sault, la plus douce, pour voir comment votre corps répond. Gardez Bédoin pour le jour où vous êtes le plus frais : c'est la plus exigeante, et c'est celle qui sanctionne le plus vite un réglage approximatif.

Faut-il faire une étude posturale avant ?

Si vous avez déjà eu des douleurs à vélo, oui, et sans hésiter. Si vous roulez confortablement depuis des années sans rien ressentir, ce n'est pas indispensable pour une ascension. Dans tous les cas, ne faites jamais modifier votre position dans les deux semaines qui précèdent : votre corps a besoin de temps pour s'approprier un nouveau réglage.

Que faut-il emporter pour la descente ?

Un coupe-vent, systématiquement, même par 35 °C en bas. Au sommet, il peut faire dix à quinze degrés de moins, avec un vent violent, et vous arrivez trempé. Ajoutez des gants longs et un tour de cou hors plein été. Ce sont quelques dizaines de grammes dans une poche, et c'est ce qui sépare une belle descente de trois jours de cervicales bloquées.

Mon dos a bloqué pendant mon séjour au Ventoux, que faire ?

N'annulez pas tout de suite le reste du séjour. Appliquez de la chaleur, marchez un peu plutôt que de rester couché, et évitez de reprendre le vélo tant que la douleur augmente au moindre mouvement. Et surtout : faites-vous examiner. C'est exactement la situation pour laquelle je garde des créneaux — je reçois sous 24 heures, à vingt minutes de Malaucène et vingt-cinq de Bédoin.

Faut-il s'échauffer avant l'ascension ?

Oui, et l'ascension elle-même peut servir d'échauffement si vous acceptez de partir lentement. Les cinq premiers kilomètres à allure très souple valent mieux que dix minutes de mouvements sur le parking. Ce qui compte, c'est de ne pas mettre une charge maximale sur des articulations froides : c'est là que les genoux se rappellent à vous.

Sources

Vaison-la-Romaine · Crestet

Un article ne remplace pas un examen.

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